Présentation

Prolifération :

Prolifération est une installation de 35 lapins en résine peints + 1, conçue comme l’agencement du vivant, de la reproduction vitale. Elle pose la question de l’identité.

Si l’animal qu’est le lapin existe, c’est dans la force de sa prolifération, 35 lapins comme 35 jours de gestation.

Chaque lapin porte un nom propre mais il est aussi une citation : quand j’appelle l’individu lapin Jean Brasse, c’est à la fois un individu particulier que je nomme et Jean de la Fontaine dont je convoque la présence. Cet individu est donc défini dans son identité comme l’un et l’autre.

Pourtant, ce qui m’intéresse davantage, c’est non la mise en présence de deux individus, l’un incarné dans la forme lapin et l’autre dans notre mémoire, dans le personnage historique du fabuliste ; c’est plutôt l’espace entre-deux qui rend compte du vivant comme une modulation, une transformation, une modification permanente.

« Prolifération » fonctionne ainsi selon une double structure : elle est à la fois une installation composée de 35 lapins mais elle a également la particularité d’être une œuvre ouverte dans la mesure où chacun d’eux peut sortir de l’œuvre et la transporter ailleurs. Chaque lapin est, en effet, une œuvre à part entière et peut être vendu individuellement ; il sera alors remplacé par un autre, chacun constituant  le signe de l’installation, toujours en gestation, en process.

Chaque lapin est donc le tenant-lieu des autres, ceux qui sont déjà présents, incarnés dans une forme et un nom mais également ceux en devenir, en puissance.

Pourquoi ? Parce que l’identité se définit alors non comme une instance fermée et autonome (un individu) mais par une transformation, par le jeu d’un a-venir , une puissance à être. C’est pour cela que l’installation présente une case vide – un miroir sans lapin – qui n’est pas une absence mais une convocation à apparaitre. L’empreinte sur le miroir n’est pas la trace d’un individu absent mais une potentialité déjà en acte.

La signalétique qui accompagne l’installation présente chaque lapin sous la forme la plus impersonnelle et contraignante du fichage policier ; elle introduit ainsi l’idée d’une dilution de ses particularités au profit de son inscription dans l’installation.

L’installation travaille à une épistémologie des métamorphoses.

 

                                                                                                                                Muriel Alle